Assistante dentaire, l'enfer ...

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Assistante dentaire, l'enfer ...

Messagepar Bureau RDF . » dim. 24 mai 2020 02:33

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cosmite
28/11/2013 à 19:49

Je ne connaissais rien au secteur dentaire avant 2010.
J'ai effectué ma formation hors temps de travail c'est à dire en plus des 40 heures hebdo qu'on fait au cabinet. Je travaille avec une praticienne en campagne : rythme moyen 40 h/semaines, 130 patients/semaines soit entre 35 et 38 patients/j sur 3 jours et 2 « matinées » qui confinent plutôt à 5 heures de travail.
Secrétaire de formation (15 ans d'expérience), vu que nous étions sur une création de cabinet et que je ne connaissais pas le métier (j'ai trouvé ce poste par connaissance), j'ai pris à ma charge tout ce qui n'est pas travail au fauteuil (sauf prépa d'eugénate, de pâtes d'obturation, d'alginates et de silicones, réappro des tiroirs, tenue de quelques aspi contre langues rebelles), j'ai tenté de délester au maximum mon employeur (de façon à ce qu'elle n'ait qu'à travailler au fauteuil), prenant des initiatives, mettant en place des aménagements, les affichages légaux, etc : comme si c'était ma boite en fait.
J'ai donc pris à ma charge (dans une ambiance initialement bon enfant et souriante): l'accueil téléphonique et face à face, la gestion de l'agenda (parasitée par mon praticien qui se plante souvent et comble les créneaux d'urgence selon l'humeur du jour), la pré compta, les relances, encaissements, courriers divers, stocks, commandes, stérilisation, la gestion des prothèses, avec les labos, les caisses, les mutuelles, le nettoyage entre chaque patient (euh je n'ai pas le temps les patients suivants arrivent avant que j'ai terminé vu que mon prat' part les chercher avant même que j'ai atteint la salle de soin...), nettoyage de fin de journée parce qu'à 20h30 je n'ai rien de mieux à faire vu que je n'ai que 2 enfants de 5 et 12 ans. J'ai beaucoup de mal à partir à l'horaire indiqué sur mon contrat de travail (19h15) lorsque j'ai un conseil de classe par exemple alors que je préviens toujours très à l'avance évidemment (souvent une réflexion ou un produit à préparer qui ne servira jamais juste pour me signifier un mécontentement).
Je cours toute la journée, le matin en arrivant je n'ai pas le temps de poser ma veste que déjà les requêtes arrivent, je suis interrompue dans toutes mes tâches sans considération de ce que je suis déjà en train de faire car tous les désirs de son altesse doivent être réalisés dans l'instant (voire être anticipés ce qui serait tout de même la moindre des choses) : il faut tout planter : patient, téléphone, pour ramasser un truc par terre ou donner quelque chose vu que la salle de sté est environ à 3m du fauteuil c'est trop loin pour elle autant que je me tape 15m ; bien souvent elle aurait meilleur compte d'y aller elle même mais par principe bonbonne doit y aller. Je travaille avec un personnalité super speed (borderline, bipolaire je ne sais pas mais y'a un truc..) qui court, tape du pied, tape les portes, tape sur les fiches pour signifier qu'on peut faire l'encaissement, met la pression partout et pour tout, fait forcément pas mal de manquements mais n'en tolère aucun chez les autres (surtout pas chez moi bien sûr un bouchon à la poubelle ou un morceau d'alginate par terre et c'est le nez de travers ; le moindre retard pour un patient est c'est un report de RDV illico et pas sur un ton sympa). Les patients me jettent souvent un œil interloqué auquel je réponds par un sourire rassurant... Je dois connaître les patients (ouf j'ai une bonne mémoire – 2557 patients à ce jour après 3 ans et demi d'activité), me rappeler de leur tête, des soins réalisés vu que les fiches papiers ne sont pas à jour (alors que je ne rentre pas les actes, corsé le plan mais j'ai l’œil) de s'ils travaillent et où, et j'en passe.
Bref à ce rythme en mars 2013 j'ai craqué : burn out... Elle m'avait accusé d'avoir jeté une CCM et était devenue toute rouge : il fallait retrouver cette dent, chercher dans les DASRI, bref elle ne paierait pas pour « mes erreurs » (ce n'était JAMAIS arrivé...). J'ai vidé la poubelle DASRI, pas retrouvé de dent, j'ai proposé de payer la CCM ça lui a semblé correct mais tout de même pas encore assez... Je me suis mise à trembler, à pleurer, j'étouffais (ce qui n'est pas du tout mon genre). J'ai mis du temps à m'en remettre. La matinée est passé dans un brouillard épais et lorsque le patient est arrivé elle m'a appelé pour constater que la dent avait été remise en provisoire... De là je n'ai plus fermé l’œil de la nuit, je ruminais sans cesse. J'avais pris ce travail avec trop de cœur, scrupuleusement fait mes commandes au moins cher, au plus juste, géré et organisé mon travail pour pouvoir tout faire dans les temps, j'avais accepté que mes heures supplémentaires soient prises en vacances, j'étais allée travailler même malade comme un chien, j'avais usé mes nerfs à supporter des choses insupportables (faire les courses personnelles, supporter les humeurs bizarres), j'avais même demandé à ce que ma grand mère soit enterrée un mercredi après midi vu que je ne travaille pas cette après midi là et voilà comment j'étais considérée. Ça m'a sciée, littéralement ! J'ai d'abord refusé l'arrêt de travail que mon médecin traitant m'imposait (je ne voulais pas la laisser seule), accepté un antidépresseur, mon médecin a demandé une visite à la médecine du travail, j'ai refusé l'arrêt préconisé par le médecin qui n'a pas toujours pour l'instant posé d'aptitude ferme. Une semaine après suite à une réflexion supplémentaire (devant un patient parce que j'attendais qu'elle termine sa phrase pour encaisser elle m'a dit « qu'est ce que tu fais ? Tu vas t'endormir? », j'ai ravalé ma cuti encore une fois sauf que le week end a été terrible (insomnies, crises de pleurs...) je suis retournée chez mon médecin et j'ai accepté les 15 jours d'arrêt. A mon retour une jolie liste des tâches à faire m'attendait (problèmes informatiques sur des dossiers entre autre vu que mon prat' n'aime pas l'informatique et ne l'utilise jamais) les filtres débordaient, les stocks étaient au plus mal et j'en passe. Avec l'aide de la PAROXETINE j'ai tenu jusqu'à aujourd'hui mais voilà qu'un psychiatre (vu dernièrement suite à des troubles nerveux insupportables pour moi et pour mon entourage: un rien m'énerve très clairement, je ne peux m'asseoir sans avoir la jambe qui s'agite, je me ronge les ongles très sérieusement) me diagnostique bipolaire !!! Je n'ai jamais fait de dépression avant cela, je n'ai jamais eu de troubles de l'humeur. Je sais que c'est cette ambiance de travail qui m'a rendue malade : je suis transformée !!!!
J'aime ce travail, j'ai un bon salaire (2 fois le minimum conventionnel), j'ai 9 semaines de vacances par an, tout pourrait aller pour le mieux, je m'y accroche mais je sens qu'un jour je vais craquer. Voilà, ce long message comme témoignage pour dire aux « collègues » que dans les cabinets dentaires il se passe des choses que l'on n'a rarement vu ailleurs (en tout cas moi jamais) et que la proximité praticien/assistante et l'exclusivité des relations créent des situations inextricables auxquelles il faut prendre garde. Je pense qu'il faut savoir garder en tête que notre salaire même s'il est plutôt intéressant (parfois parce que je sais que pour d'autres c'est la misère en plus) ne vaudra jamais celui d'un praticien (loin de là croyez moi !).
En bref, il ne faut pas supporter l'insupportable car on finit toujours par le payer de sa santé. A bon entendeur !

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Sujet remonté par Anonymous le dim. 24 mai 2020 02:33.

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